Synopsis : Le carnet de route d’un immigré perpétuel pur produit du 21e siècle mondialisé. Emouvant, plein d’humour et de passion, ce parcours se veut être un reflet de la vie d’étudiants africains d’aujourd’hui pris en permanence par plusieurs cultures entre lesquelles ils doivent naviguer.
Disponibilité version papier : Commander (220 pages)
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Extrait 1 :
[…] Mais dans ces deux jours de boulot il n’y a pas eu que de la grognasse Viking. Il y a eu aussi Svetlana. En fait je ne me rappelle plus de son prénom mais elle avait une tête à s’appeler Svetlana. 23-24 ans, polonaise, 1 m 78, blonde aux yeux bleus, de « beaux » poumons qui respirent la santé... et froide comme un glaçon inuit !
Chaque fois que j’arrivais à lui faire décrocher un sourire, que dis-je, une moue, j’avais l’impression de réussir la remontée du lac Mayi-Ndombe sur le canoë de Yakari le petit indien. Au final je suis parti avec le « 06 » ou « 07 » plutôt d’Emmy, rousse irlandaise. Elle semble avoir forcé sur le Yorkshire pudding mais rien de rédhibitoire pour l’instant.
Pas de sourire ironique. Mon but c’est de maîtriser parfaitement la langue de Shakespeare pas celle d’un pays du tiers-Europe... Mais j’ai quand même dû me retenir à la machine à café quand elle m’a demandé : « France isn’t a part of Africa, isn’t it ? » J’ai effacé le numéro de mon répertoire dans le bus du retour.. […]
Extrait 2 :
[…] Pendant les deux minutes qu’ont duré cet échange, j’ai totalement oublié le super entretien auquel je me rendais, le télémarketing, le loyer à payer, ma R19 qui se mourrait,… seul l’air de Stranger in the night subsistait dans mon esprit inondé par elle.
J’étais loin de me rendre compte qu’à partir de ce moment-là, cette inondation me ferait faire le tour du répertoire de Frank Sinatra, avec selon les moments, selon les années, un son plus ou moins fort dans ma tête.
J’ai eu le sourire béat d’un jeune pinson épris de sa dulcinée en chantonnant Come flight with me complètement dans ses fantasmes de grand amour. Dans les moments de doute ou d’éloignement il y avait toujours un air de They can’t take that away from me qui trustait mon subconscient et qui laissait la place dans un fondu enchaîné à For once in my life quand mon cœur battait fort au rythme d’espoirs de bonheur futur.
Mais le temps passant, dans le tumulte d’une relation où le conflit et l’incompréhension s’engueulaient avec la complicité, j’ai glissé doucement d’un romantique et inoffensif Something stupid au beaucoup plus passionnel, pulsionnel, mais bien plus compliqué à gérer, I got you under my skin. Et nous savons bien que lorsque l’on chante cette ritournelle passionnelle en soliste on tombe dans une unilatérale obsession destructrice, pour les deux protagonistes. Fatalement, je suis tombé non seulement dans le dramatique I get a kick out of you, mais surtout j’ai basculé d’un champ artistique de haut niveau, au banal To the left de la commerciale Beyoncé Knowles ; passant en quelques années de la pureté du jazz de « The Voice » au vulgaire et racoleur R&B de « The Body ». […]
Extrait 3 :
[…]Hormis la découverte du sens du mot « accueil », une autre de mes idées reçues tomba dès la seconde semaine de présence au Sénégal. Le 31 décembre, jour des feux d’artifices géants sur la place de l’Indépendance, fut pour mois comme une révélation. Une révélation de beauté.
J’arrivais d’Afrique centrale avec de gros préjugés sur la femme Sénégalaise musulmane, donc voilée et dénuée de tout charme. Quelle connerie !
Quand pour la première fois j’ai vu ce rassemblement de beautés fardées avec un vrai sens artistique, même si parfois outrancier, habillées des plus belles tenues traditionnelles ou des dernières robes à la mode sur Fashion TV, tellement sexy que les belles de Brazzaville auraient pu passer pour des nièces d’ayatollah iraniens en plein ramadan, j’ai compris que s’ouvrait à moi un potentiel futur de délicieuses jouissances. Pour la première fois de ma vie je voyais de visu des filles tout droit sorties des clips américains les plus sélectifs. C’était magnifique. Et quelle diversité ! Des boubous traditionnels les plus riches en dorures, aux jeans Diesel super stretch en passant par les robes moulantes, façon tapis rouge de Cannes ; tous les looks se mélangeaient pour faire un arc-en-ciel de styles. Les yeux m’en sortaient de la tête de même que tous mes amis congolais, gabonais, camerounais ou ivoiriens qui constituaient déjà mon entourage pour les trois années qui allaient suivre. […]
Extrait 4 :
[…]Soyons francs, mes premiers pas avec des blanches se sont soldés par des fiascos retentissants. Des carnages de honte. Les seules demoiselles que je croisais, ou qui cherchaient à m’approcher lors de mes premiers mois à Orléans, étaient semble-t-il toutes obnubilées par la tentation du noir. Elles voulaient goûter du noir, du dur ; et je ne parle pas de chocolat.
Ne voulant pas priver mes nouvelles compatriotes d’une expérience anthropologique importante pour leur épanouissement futur, j’ai donc cédé assez régulièrement, vu leur insistance.
Le seul souci c’est que je n’ai pas bénéficié du coup de bol du débutant lors de mes deux premiers pas ; bien que j’eusse toujours pris soin de correctement humidifier le champ avant de tenter tout ensemage. J’ai la première fois semé trop vite, ne laissant pas à la terre le soin d’assimiler le liquide nutritif et la seconde fois, en tant que chasseur, j’ai dégainé une fois puis… plus rien. Impossible de tirer d’autres cartouches ; le barillet semblait obturé.
La bête à peine blessée demandait qu’on l’achève et c’était inhumain de ne pas exaucer un mouton qui aspire à un Aïd réussi. Tous les bons conducteurs savent qu’on ne conduit pas sans passer la seconde, la troisième et plus si affinités ; moi mon moteur avait calé en première. Les regards meurtriers de mes non-victimes hantaient encore mon esprit. Un truc dans leurs yeux qui semblait dire « putain de connard de branleur… il m’a fait perdre mon temps ce con ! ». […]